"Compagnon de route d’Alpes magazine, le photographe haut-alpin Bertrand Bodin fête un demi-siècle de photographie.
À cette occasion, nous vous avons concocté un florilège de son travail sur les paysages et la lumière, qui n’est qu’une infime partie de son œuvre foisonnante !"
Bertrand Bodin, l'intelligence du regard
Une classe de neige à Pont-du Fossé dans le Champsaur …Une colonie de vacances à Sagone en Corse où « l’image apparaît au révélateur… Ça m’a paru magique ». Cinquante ans plus tard, Bertrand Bodin se souvient de ces deux moments clés qui ont décidé de sa carrière de photographe et de son coup de foudre pour les Alpes. À quoi tiennent les choses ! Il y a aussi ce petit coup de pouce du destin, lorsque son père venant de Bourges, est muté à Gap : Bertrand entre alors en sixième. « Le rêve : on s’est installé là où j’étais venu en classe de neige ». Bac G2 (comptabilité et gestion) en poche, il commence son apprentissage chez Art et Photo rue Carnot à Gap. Le jeune homme apprend vite, très vite… « Avant de rentrer comme apprenti, j’avais rencontré Denis Brihat, un photographe d’art spécialisé dans les natures mortes, qui m’a donné un conseil que j’ai suivi toute ma vie : “ photographie ton chat pendant 6 mois…” Je me suis rendu compte que la photographie, c’est d’abord une écriture. L’important c’est le contenu ».
Ce qui caractérise le photographe Bertrand Bodin, c’est sa curiosité et sa soif de connaissance : il dévore les livres de grands photographes et va se constituer une bibliothèque mentale d’images, avec des maîtres à penser : Ansel Adams pour la photo démonstrative de paysage, Shinzo Maeda pour la photographie poétique et sensible, Henri Cartier-Bresson pour la photo basée sur l’instant décisif, Duane Michals pour la photographie narrative … «Ils ont conforté mon idée que la photographie offre de multiples langages ». En attendant, il faut bien vivre et comme Bertrand Bodin est un homme du concret, dans ces années 1975-1980, où les sports d’hiver et le ski sont en plein essor, il ouvre en 1981 une boutique de photo filmage – activité consistant à photographier les touristes sur leur lieu de vacances – à Orcières-Merlette dans ces chères Hautes-Alpes.
« Comme je faisais pas mal de photos de ski, j’ai été repéré par le responsable de l’agence Foc qui m’a commandé mes premières photos de skieurs. Ça tombait bien, c’étaient les débuts du snowboard, mais aussi du VTT, du parapente. Jusqu’aux Jeux Olympiques d’Albertville pour l’agence Gamma, j’ai fait de la photo d’illustration fun et fluo avec les meilleurs skieurs de l’époque et des mannequins » raconte Bertrand. Et comme Bertrand Bodin entend se démarquer de ses confrères, il innove avec des mises en scènes complexes avec plusieurs activités sportives en même temps… « Je me suis bien amusé ! » L’année 1992 marque un tournant dans sa carrière : « je sentais poindre la fin des photos d’illustration pour les magazines de ski. Je me réoriente vers la photo de nature et de paysages… La transition se fait d’autant plus facilement que j’ai une commande pour un livre sur le parc national des Écrins (Chemins de Lumières, édité chez Milan). J’ai commencé à voyager autour de chez moi. Je me suis nourri de mes maîtres, Ernst Hass, Dennis Stock, Shinzo Maeda pour montrer aussi bien ce qui est minuscule, – par exemple une mante religieuse sur une ombellifère –, que ce qui est très loin. En même temps, je développe la photo “perceptive” : à partir d’un objectif fish-eye, j’innove dans la photo panoramique avec des angles de vue qui couvrent 340 degrés. Fondamentalement, ce qui me guide depuis 50 ans, c’est qu’une photo doit raconter quelque chose » Bertrand Bodin est un photographe et un artiste caméléon, qui adore nous emmener là où on ne l’attend pas…
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